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TAOA: il existe d’autres alternatives!

C’était un slogan que je ruminais depuis un moment, comme un cri de survie, une voie alternative: l’affirmation pure et simple qu’il existe d’autres manières de voir le monde, de vivre, et d’autres systèmes économiques possibles.
Ouvrir les ornières de tous ceux qui me disent: “le capitalisme survivra”, “de toutes façons il n’y a pas d’autres solutions”, qui reprend le fameux TINA: There Is No Alternative de Margaret Tatcher.

IL EXISTE D’AUTRES ALTERNATIVES!

Ici est là, à l’échelle locale, dans notre pays, dans d’autres pays, dans le passé, dans le futur, il existe des millions d’alternatives, d’autres façons d’échanger, d’autres rapports entre les hommes que celles du capital et des intérêts, que celles du dominant et du dominé. Pour ouvrir les yeux et changer, il faut d’abord en avoir ENVIE, en-vie.

TAOA: les aventuriers:
TAOA c’est l’histoire de 3 personnes, Anne-Cécile, Matthieu et Nabil qui souhaitent changer de vie, prendre le large, sortir de leur carrière pour prendre le large, aller voir ailleurs et comprendre, analyser, trouver des solutions pour réduire les inégalités. Ils ont choisi les monnaies sociales comme outils pour ce faire, je ne peux que les féliciter. C’est sur ce terrain que nous nous sommes rejoints. Ils partent 1 an en Amérique latine pour découvrir et pratiquer les monnaies sociales là où elles sont déjà très implantées, pour apporter leurs compétences et apprendre les leçons des pays du Sud pour pouvoir les implanter à leur retour en France.

J’ai rejoint l’association TAOA pour pouvoir faire le relai de leurs avancées en France pendant leur absence. Cela s’exprimera principalement par des diffusions de textes, la propulsion de leur newsletter, et pourquoi pas pouvoir leur poser des questions précises pendant qu’ils sont au Brésil en plein milieu de l’organisation du Banco Palmas. Un partenariat à double sens.

L’autre activité que j’aurai, c’est de continuer à Paris ce qu’ils ont commencé avant de partir, plus explicitement, assurer l’animation du SEL de la maille, créé avec les salariés des ONGs WWF et Goodplanet au Carrefour de Longchamp. Superbe expérience concrète: créer un SEL, remplir l’outil WEB qui va avec et assurer un suivi auprès de la communauté d’utilisateur. C’est aussi pour moi l’occasion de m’inscrire et de participer à un SEL grandeur nature, grâce à TAOA, je suis devenu utilisateur des systèmes que je prône à longueur de journée et ça fait du bien. Vivre l’expérience de l’intérieur, voir mon compte de pépites descendre, chercher les richesses que j’ai qui pourront intéresser les autres membres, les biens dont je ne veux pas simplement me débarasser mais qui sont susceptibles d’intéresser les autres membres… C’est bien de faire une école de commerce et de la recherche sur les systèmes monétaires complémentaires, le vivre est une autre expérience!

Soirée de soutien TAOA

Afin de financer leur voyage, les aventuriers organisent ce Vendredi 22 Octobre une soirée de financement sur la péniche le Nix Nox. J’y serai évidemment pour les soutenir et faire de cette soirée une réussite. Voici le lien de l’événement facebook

La soirée commencera à partir de 21h30 avec un concert, puis un DJ. Ce sera aussi l’occasion de refaire le monde avec les acteurs des monnaies et des nouveaux indicateurs de richesses!

Pour les tarifs:

18€ au lieu de 20€ sur place (entrée + 1 boisson + vestiaire)
2 options:
– un chèque à l’ordre de TAOA, 71 rue Villiers de l’Isle Adam, 75020 Paris
– un don en ligne sur www.taoaproject.org + confirmez les présences correspondantes à annececile.taoa@gmail.com

Contactez moi pour se coordonner et y aller ensemble si ça vous branche, c’est vraiment une bonne occasion de se voir, de célébrer et de soutenir un projet plein de sens et puis de refaire le monde à bord d’un bateau..

D’autres moyens d’échanger

Texte écrit pour la newsletter de Zhi Rou Jia, l’école du développement de la douceur, club de Taï chi de Bourgogne animé par Laurence Cortadellas et Jean-Michel Chomet.

La vraie richesse

Une vision d’évolution du monde considérerait la richesse comme la bonne organisation des humains, des objets et des animaux. Quand toute chose est à sa place, alors le monde est en paix. Ainsi la richesse découle de la bonne combinaison des éléments entre eux : quand la plante reçoit de l’eau, quand l’élève prend un cours avec le professeur qualifié, quand le livre trouve un lecteur, quand Roméo trouve sa Juliette, alors chaque élément se combine avec l’autre, et de cet échange nait un enrichissement mutuel. La plante sans eau meurt et la vie ne s’écoule plus en elle. Le professeur sans élève est malheureux et l’élève sans professeur ne peut progresser. Le livre sur l’étagère prend la poussière et le lecteur curieux n’étanche pas sa soif de culture. Roméo sans Juliette ne partagera pas son amour et la vie s’arrêtera s’il en va de même pour tous les humains.

Ainsi dans la plupart de ces cas, l’immobilisme et la stagnation sont synonymes de mort. C’est le mouvement et la liaison des éléments par complémentarité qui leur permettent de dégager leur richesse et de s’entraider mutuellement pour remplir leur mission. Lorsque les éléments s’unissent, leur nouvelle formule créée quelque chose qui dépasse chaque élément pris séparément. Ainsi la vie et le mouvement donnent la possibilité à chaque élément de s’exprimer à sa juste valeur.

De façon inverse, j’observe que l’accumulation génère une perte de richesse puisque certains éléments pourraient être mieux utilisés si leur allocation était optimisée. Le jeu économique correspond donc à mes yeux à l’organisation et la répartition de ces richesses dans le but de coupler besoins et biens pour satisfaire tous les êtres vivants.

Dans l’économie en crise qui nous entoure, beaucoup d’entre nous courent après la richesse, le rêve de devenir riche : accumuler une somme d’argent importante, ou des objets qui nous assureront un certain confort. Dans une logique de peur du manque ou de besoin d’en avoir toujours plus, nous courrons régulièrement après une quantité strictement croissante de biens et de quantité d’argent. Cette vision ne satisfait pas notre enrichissement collectif.

J’aime comparer l’économie et l’argent à l’organisme et au sang. Le sang permet d’apporter l’oxygène aux cellules des différents organes. Chaque organisme a ses règles, sa façon propre de fonctionner, ses spécificités, mais quelques règles restent invariables quel que soit le domaine choisi : le sang doit circuler, être en mouvement, tel un flux permanent. Sa stagnation, son accumulation, sa solidification sont synonymes de pathologies qui indiquent un déséquilibre nuisant à la santé de l’organisme.

À l’échelle de l’économie, l’argent a les mêmes propriétés : pour que le système soit en bonne santé, la circulation doit être fluide. Des facteurs aggravant tels que l’accès au crédit, l’accès aux intérêts, le retour sur investissement, et l’accumulation des richesses dans les mains de quelques uns qui n’a jamais été aussi forte jusqu’à maintenant sont les causes de la nette dégradation du système.

Bien des zones de notre corps planétaire n’ont aujourd’hui plus accès à l’oxygène nécessaire à leur survie. Alors que le coeur mutant de notre économie représenté par Wall Street et la City pompe à une vitesse qui donne le vertige le sang de notre corp ; l’Afrique et les pays en voie de développement en sont dépourvus.

L’argent était rare

L’argent était pendant longtemps considéré comme rare et limité. Avec la fin de l’ère de l’industrialisation et les changements liés à l’arrivée des moyens de communication moderne, la donne a changé : 95% des échanges ne sont plus liés à l’économie réelle, la masse monétaire en billets représente moins de 3% de la masse monétaire totale, et la monnaie n’est plus garantie en or, comme c’était le cas jusqu’en 1971. Cela signifie qu’aujourd’hui, l’argent n’est plus qu’une information : un accord collectif de donner une valeur mesurable à un bout de papier. Dit autrement, l’argent est un jeu auquel nous acceptons de jouer collectivement. En termes de technique, il n’est pas difficile de créer un système monétaire, pour cela il suffit d’une feuille et d’un crayon pour noter les mouvements de compte et les dépenses recettes de chacun. Internet et les technologies de l’information ayant rapidement évolué et s’étant démocratisés, comme les blogs ont rendu les médias participatifs et citoyens, de nouvelles formes d’économies sont en train d’apparaître à grande échelle et de proposer des alternatives nombreuses, diverses et adaptées localement aux besoins des populations.

A quel jeu voulons nous jouer?

Dans le Monopoly, la structure du jeu nous oblige malgré nous à jouer les uns contre les autres et après une vingtaine de tours, nous nous retrouverons avec un gagnant et 4 perdants sans un sou. Notre jeu économique international est constitué des mêmes architectures invisibles : pour rester dans le jeu, il faut lutter et être en compétition contre les autres. N’étant plus en accord avec ce postulat, de nombreuses personnes, déjà chassées du secteur économique ou en recherche d’innovation prennent la responsabilité de recréer la structure, l’espace, le jeu dans lequel ils ont envie de jouer. Ils créent les règles de leurs échanges, en fonction de leurs valeurs, de leur richesse et de ce qui compte pour eux. Certains jeux ont des architectures dites de “jeux finis”, on note un début, une fin et une possibilité de départager un gagnant d’un perdant : la ligue 1 de foot en est un très bon exemple. D’autres jeux ont des architectures dites de “jeux infinis”, où comme une partie de foot avec des copains, on joue sans fin, les règles peuvent changer, la taille des buts, le nombre de joueurs, le jeu se poursuit tant qu’il y a du plaisir. Le Monopoly présentant une architecture de jeu fini, à nous de trouver les astuces pour faire durer le jeu économique des échanges sur un rapport gagnant-gagnant-gagnant (un pour la planète), de façon illimitée dans le temps.

Fraternité économique

Dans de nombreux SELs (Systèmes d’Echanges Locaux), le solde de chacun peut varier entre -1000 et +1000. Les membres sont d’accord pour dire que la vraie richesse est dans l’échange, ainsi être à 800 ou -700 n’indique plus un état de richesse ou de pauvreté, mais simplement un indicateur pour donner notre position par rapport au flux collectif. Comme un groupe qui avancerait en cordée, peu importe si tu es devant ou derrière dans l’ascension, l’essentiel est que tu sois lié au tout, et que tu avances. Comme la respiration, peu importe que tu sois en inspiration ou expiration, tant que tu respires régulièrement, le groupe se porte bien. Ainsi collectivement, nous pouvons faire le choix d’aller aider à dépenser celui qui est à +1000 en lui proposant nos services, ou inversement, aller aider celui qui est à -1000 en l’aidant à formuler ses offres, ses richesses et ce qu’il a qu’il ne reconnaît peut-être pas encore qui a une grande valeur pour les autres. Nous sommes unis, et ensemble, nous nous enrichissons collectivement en utilisant des règles que nous choisissons et respectons. C’est une des multiples possibilités qu’offrent les monnaies complémentaires, les SELs, ou les monnaies libres. Il en existe aujourd’hui déjà 5 000 dans le monde, et plus la crise et l’impasse économique, spéculative et financière des états et des banques continuera, plus ces possibilités deviendront un outil logique et raisonné pour développer les collectivités locales, les régions, les groupes et créer un nouveau maillage d’irrigation en réseau.

Les monnaies complémentaires ne changeront pas le monde si nous ne nous changeons pas en même temps. Elles ne restent qu’un outil créé par l’homme, et dans le fond ce seront toujours notre cœur et nos intentions qui donneront au système sa couleur et son sens. Elles nous permettent en tout cas de sortir du système prédateur actuel et d’ouvrir notre conscience à la vraie richesse.

Merci à Delphine pour les relectures, critiques et commentaires.