Deux vidéos sur le futur des monnaies
argent, currency, future of money25/10/2010 at 16:05 Comment (1)
Depuis près d’un an que j’ai quitté l’association du Transitioner, j’entends parler et j’utilise très fréquemment l’expression des “monnaies libres” pour parler de ces nouveaux indicateurs, d’une grande libération de la monnaie telle que nous la connaissons aujourd’hui, mais aussi d’un spectre de lecture plus large de la Richesse. Après un an de recherche, de navigation, de voyages dans l’univers de la richesse, des indicateurs de richesse et des moyens d’échange de ces richesses, j’aimerai revenir pour clarifier ce que nous mettons et mélangeons souvent dans “monnaies libres”.
Les différentes formes de richesse
J’ai appris avec The transitioner qu’il y avait différents types de richesse, celle qui peut s’échanger: les biens, les services, le temps, celle qui peut se mesurer: la qualité, la taille, la complexité, et enfin la richesse qui peut se reconnaître: l’amour, la beauté, la splendeur etc..
Ce que nous appelons traditionnellement monnaie répond à la question de l’échange. L’argent est un accord, à l’intérieur d’une communauté, d’utiliser quelque chose, comme moyen d’échange. Dans ce sens, les nouvelles monnaies, qu’on les appelle sociales, locales, communautaires, complémentaires ou libres sont des pansements pour satisfaire les besoins d’échanges des communautés qui :
1) n’ont pas accès à la monnaie traditionnelle
2) souhaitent essayer autre chose, valoriser d’autres types de produits ou limiter à certains types de produits
En général, il s’agit de réinjecter un moyen de lien dans une zone qui n’arrive plus à se lier à l’aide de la monnaie traditionnelle, soit par pénurie soit par insatisfaction de la monnaie traditionnelle. Il faut alors constituer une communauté et trouver quelle est la charte de valeur qui nous unit? Quelles sont les règles que nous voulons établir ensemble? Peut-on la dépenser pour acheter du pétrole? Peut-on la dépenser pour des OGM? pour acheter des armes? Peut-on la dépenser à l’extérieur de notre communauté?
Il s’agit ici de choisir la couleur de notre monnaie. L’écologie et l’économie sont inséparables et si l’économie traditionnelle et le PIB ne reconnaissent pas complètement la richesse humaine ou la richesse de la qualité de l’environnement, c’est à nous, ensemble, de choisir la couleur de cette monnaie, de dire ce qu’elle autorisera et ce qu’elle n’autorisera pas. D’une certaine façon, la monnaie est comme un vecteur, et nous devons lui donner un sens, lié au bien-être de la planète pour que les deux soit en lien et dans un sens vertueux, sans quoi nous retomberons sur les mêmes problématiques que le système traditionnel: crises économiques, crises écologiques etc..
Ainsi une monnaie locale privilégie les échanges locaux, une monnaie sociale apportera plus de qualité dans les échanges humains ou un développement social (par opposition au capital), une monnaie complémentaire montre patte blanche dans le sens où elle ne cherche pas à bousculer l’ancien système, elle vient compléter et non remplacer le système en place. Les monnaies libres ouvrent la perspective d’un code source transparent et propre, visible et disponible à tous. Tous ces termes ne sont donc pas opposés, à mon sens on peut très bien imaginer une monnaie locale, complémentaire et libre.
La qualité de l’air n’est pas une richesse que je peux échanger, mon taux de glucide n’est pas non plus quelque chose que je peux échanger, mais je peux le mesurer, et cette indication me donne des informations si je suis ou non en bonne santé. Pour la richesse qui se mesure, nous avons créé un grand nombre d’indicateurs de richesses qui dépassent les limites du PIB. Ils ne sont pas nouveaux, nous connaissons les hôtels 3 étoiles, les pistes rouges, les notes des professeurs ou les titres liés à des diplômes. A l’ère de l’information ces indicateurs sont partout, aussi bien dans le questionnaire marketing sur la satisfaction client après un achat en ligne, dans les étoiles que je mets à une vidéo youtube, dans
Avant l’Internet, il ne nous venait pas vraiment à l’idée d’échanger notre maison pendant les vacances avec un couple en Italie, d’accueillir un américain sur notre canapé, de vendre notre platine vinyle à un allemand ou d’échanger un appareil photo contre un ordinateur. Idem, je n’avais pas à l’idée d’organiser un voyage en voiture avec des inconnus, ou encore de prêter ma perceuse à quelqu’un de mon quartier. Toutes ces interactions sont apparues et devenues réelles grâce aux plateformes de mise en relation, d’échanges de biens et de services, à la consommation collaborative, aux services nés grâce à Internet. Il est soudainement devenu possible d’échanger, de parler, de me coordonner avec des inconnus parce que nous avions des besoins communs. Pour chercher dans cette jungle, nous avons créé des indicateurs pour pouvoir qualifier ces propositions en fonction de nos besoins.
La particularité de ces nouveaux indicateurs est qu’ils se sont multipliés à une vitesse incroyable. Ils sont partout, dans notre quotidien, ils sont mesurés, traités et étudiés afin d’améliorer les performances des systèmes que nous utilisons, soit par nous, soit par des machines.
Sur covoiturage.fr par exemple, je peux noter avec des étoiles une des personnes qui m’a transporté, je peux aussi agrémenter son profil d’un commentaire qualitatif. Lors de ma prochaine recherche, je favoriserai les personnes ayant obtenues des étoiles et des commentaires à des inconnus. Dans les systèmes automatisés, ces informations de mesure donnent des feedbacks au système qui peut alors réguler automatiquement les commandements pour réduire les temps de latence, allouer au mieux l’espace, le temps de processeur etc.. Pour ce qui est de l’humain, nous sommes sur des sujets plus difficiles à mesurer puisqu’une grande subjectivité entre en jeu. Mesurer la qualité de l’air ou le temps d’un process mécanique peut se faire automatiquement sans subjectivité, mais quand il s’agit de mesurer la qualité d’une vidéo youtube, la qualité d’un vendeur ebay ou la sympathie de mon covoitureur, les grilles d’évaluations et le feeling de la dimension humaine font apparaître une notion inévitable de subjectivité.
Si en Anglais le terme free currencies correspond bien à ces nouveaux indicateurs de richesses car currency a un sens très large de mouvement (lié au courant)
1650s, “condition of flowing,” from Latin currens, prp. of currere “to run” (see current); the sense of a flow or course extended 1699 (by John Locke) to “circulation of money.”
en français le mot monnaie n’a pas ce sens et c’est pour moi une confusion importante de mélanger les deux. Je propose donc que nous arrêtions d’utiliser l’expression “monnaies libres” pour parler de ces indicateurs et que nous parlions plutôt de “nouveaux indicateurs libres de richesses”.
La beauté, l’amour, la sympathie, la reconnaissance sont des formes de richesse que nous voyons tous les jours. On ne peut les échanger et les mesurer les dénature car elles sont par essence en quantité non mesurable. Certaines classifications (dans les toutes dernières slides) font une différence entre celles qu’on peut classer sans mesurer: je préfère radiohead à supertramp. Par contre pour mettre une note à un groupe de musique sans le vider de la relation intime et humaine que j’ai avec lui me paraît difficile. Ici encore on peut éventuellement parler de currency en anglais, mais le mot monnaie ne correspond pas. Indicateur de reconnaissance?
Conclusion
Si free currencies regroupe et enveloppe beaucoup de significations différentes, l’expression monnaies libres est maladroite dans sa traduction et ne correspond pas pour les différents niveaux de richesse. Bien que la monnaie puisse aussi avoir des fonctions de mesure et de réserve de valeur, utiliser le terme de monnaies libres pour des indicateurs de richesse met un flou qui n’aide ni le public à qui nous en parlons ni nous-même dans nos schémas mentaux. J’espère que cette explication fait sens, j’attends vos commentaires pour affiner les mots qui pourraient être les plus pertinents pour ces différentes formes de “currency”.
C’était un slogan que je ruminais depuis un moment, comme un cri de survie, une voie alternative: l’affirmation pure et simple qu’il existe d’autres manières de voir le monde, de vivre, et d’autres systèmes économiques possibles.
Ouvrir les ornières de tous ceux qui me disent: “le capitalisme survivra”, “de toutes façons il n’y a pas d’autres solutions”, qui reprend le fameux TINA: There Is No Alternative de Margaret Tatcher.
Ici est là, à l’échelle locale, dans notre pays, dans d’autres pays, dans le passé, dans le futur, il existe des millions d’alternatives, d’autres façons d’échanger, d’autres rapports entre les hommes que celles du capital et des intérêts, que celles du dominant et du dominé. Pour ouvrir les yeux et changer, il faut d’abord en avoir ENVIE, en-vie.
TAOA: les aventuriers:
TAOA c’est l’histoire de 3 personnes, Anne-Cécile, Matthieu et Nabil qui souhaitent changer de vie, prendre le large, sortir de leur carrière pour prendre le large, aller voir ailleurs et comprendre, analyser, trouver des solutions pour réduire les inégalités. Ils ont choisi les monnaies sociales comme outils pour ce faire, je ne peux que les féliciter. C’est sur ce terrain que nous nous sommes rejoints. Ils partent 1 an en Amérique latine pour découvrir et pratiquer les monnaies sociales là où elles sont déjà très implantées, pour apporter leurs compétences et apprendre les leçons des pays du Sud pour pouvoir les implanter à leur retour en France.
J’ai rejoint l’association TAOA pour pouvoir faire le relai de leurs avancées en France pendant leur absence. Cela s’exprimera principalement par des diffusions de textes, la propulsion de leur newsletter, et pourquoi pas pouvoir leur poser des questions précises pendant qu’ils sont au Brésil en plein milieu de l’organisation du Banco Palmas. Un partenariat à double sens.
L’autre activité que j’aurai, c’est de continuer à Paris ce qu’ils ont commencé avant de partir, plus explicitement, assurer l’animation du SEL de la maille, créé avec les salariés des ONGs WWF et Goodplanet au Carrefour de Longchamp. Superbe expérience concrète: créer un SEL, remplir l’outil WEB qui va avec et assurer un suivi auprès de la communauté d’utilisateur. C’est aussi pour moi l’occasion de m’inscrire et de participer à un SEL grandeur nature, grâce à TAOA, je suis devenu utilisateur des systèmes que je prône à longueur de journée et ça fait du bien. Vivre l’expérience de l’intérieur, voir mon compte de pépites descendre, chercher les richesses que j’ai qui pourront intéresser les autres membres, les biens dont je ne veux pas simplement me débarasser mais qui sont susceptibles d’intéresser les autres membres… C’est bien de faire une école de commerce et de la recherche sur les systèmes monétaires complémentaires, le vivre est une autre expérience!
Soirée de soutien TAOA
Afin de financer leur voyage, les aventuriers organisent ce Vendredi 22 Octobre une soirée de financement sur la péniche le Nix Nox. J’y serai évidemment pour les soutenir et faire de cette soirée une réussite. Voici le lien de l’événement facebook
La soirée commencera à partir de 21h30 avec un concert, puis un DJ. Ce sera aussi l’occasion de refaire le monde avec les acteurs des monnaies et des nouveaux indicateurs de richesses!
Pour les tarifs:
18€ au lieu de 20€ sur place (entrée + 1 boisson + vestiaire)
2 options:
- un chèque à l’ordre de TAOA, 71 rue Villiers de l’Isle Adam, 75020 Paris
- un don en ligne sur www.taoaproject.org + confirmez les présences correspondantes à annececile.taoa@gmail.com
Contactez moi pour se coordonner et y aller ensemble si ça vous branche, c’est vraiment une bonne occasion de se voir, de célébrer et de soutenir un projet plein de sens et puis de refaire le monde à bord d’un bateau..